Jouer avec la réalité : reflets, flous, etc.

Publié le Publié dans découverte de la photo, Projets et groupes photo

Une photographie n’est pas la réalité. C’est enfoncer une porte ouverte que de dire ça, mais c’est une idée encore répandue de croire qu’un cliché est au moins un bout de réalité, quand on ne fait pas de la photo régulièrement.

Pas besoin de photoshop pour transformer le réel. Le seul fait de créer une image en deux dimensions et de cadrer suffit à modifier la réalité. Et cette dernière est bien sur unique pour chacun d’entre nous. Du coup, il peut être tentant d’accentuer le décalage avec la réalité, pour partager une vision personnelle.

En cherchant des articles qui évoquaient ce sujet, je me suis arrêtée sur un excellent article de Laurence Chellali sur son blog photofolle.net. J’ai bien aimé la façon dont elle aborde ce thème (l’article est composé de quatre parties, qui sont toutes passionnantes et approfondies, à méditer !)

J’en ai profité pour découvrir son univers. Elle a un ton personnel, des réflexions intéressantes et j’ai été séduite par ses photos.

Ensemble-LChellali1 (2)
Ensemble-©Laurence Chellali

Revenons à nos moutons, ou plutôt à notre « réalité » quotidienne.

A rester dans le même environnement, on finit par se lasser du décor. Un peu prise par le temps ces derniers jours avec la remise en forme de mon blog, je n’ai pas eu le courage de partir ailleurs qu’à Royan pour la première sortie photo de ce début d’ année. Mais heureusement, mon E-M5 est toujours dans mon sac, et quand l’occasion se présente, j’essaie de ne pas la rater.

En partant de l’idée de la réalité déformée par notre regard, j’ai sélectionné quelques reflets, flous et retournements.

Entre midi et deux heures, la pause déjeuner se fait souvent dans une cafétéria située sur le front de mer. Il y a pire comme environnement. Autant vous dire que lorsque la salle n’est pas déjà pleine de monde, nous aimons bien nous trouver une table près des grandes baies vitrées. La longue plage, avec le port en arrière-plan, est toujours la même et toujours différente, en fonction du temps et de la période de l’année.

Ce midi-là, en cette première semaine de janvier, on se serait cru au mois de mars, avec des giboulées alternant avec un soleil faiblard.

Au moment de s’installer à une table près des vitres, je remarque le gros nuage à l’horizon et les traits de pluie sur la mer. Puis une silhouette toute petite au loin, solitaire, qui semble lutter contre le vent. Joli scène. Je sors l’appareil, et je cadre derrière la vitre (qui reste fermée à cette période de l’année).

Mais le restaurant a allumé toutes ses suspensions lumineuses, qui apparaissent en reflet. Je ne vois qu’elles à travers le viseur. Je commence à me dire que ça ne donnera rien, puis je vois autre chose : des soleils qui illuminent cette plage triste, et je suis dans un autre monde, une autre réalité. Je cadre pour éviter les bords de la baie vitrée, afin de garder cette image un peu irréelle, et j’espère que ce que j’ai capté pourra être retranscrit en photo.

Je triple la photo pour être sûre. Au post-traitement, je la passe en format 16/9, un de mes préférés pour les paysages, je renforce un peu les reflets et j’adoucie la couleur, pour accentuer le côté réalité décalée. Et voilà !

Lunch time on a rainy beach
Lunch time on a rainy beach

Un peu plus tard, un parapluie violet passe sur la plage (je vous rassure : entre-temps, j’ai déjeuné et j’en suis au café !) je tente une autre prise, attirée par le contraste entre la ligne argentée de l’horizon, les gris du ciel, la barrière, et la couleur du parapluie. Mais la magie n’opère plus. Je ne sais plus si le restaurant a éteint ses lampes, ou si c’est juste l’angle de prise de vue légèrement différent, mais les soleils ont disparus.

Violet sur la plage
Violet sur la plage

Dans la série, « je modifie le réel », les flous peuvent donner des résultants intéressants. La dernière fois que je vous ai montré une série de photos sur les patineurs, je constatais ma difficulté à suivre chacun d’entre eux pour qu’il soit net, malgré le passage en mode C-AF (auto-focus continu) et avec une vitesse entre 1/250 et 1/500.

Et Tina m’a mis au défi de montrer des images floues afin de mieux faire ressentir la vitesse des patineurs sur la piste glacée. Je suis donc retournée à la patinoire, j’ai posé mon appareil sur la barrière pour le stabiliser (parce que rajouter du flou de bougé à du flou volontaire, ça risquait de ne pas le faire), j’ai descendu la vitesse autour d’ 1/8è de seconde, et j’ai déclenché quand je voyais des sujets se lancer sur la glace.

J’en ai tiré une petite série pleine de couleurs. Chaque photo individuellement n’est pas géniale, mais ensembles, je trouve qu’elles sont « vivantes »

collage flou 2
Série floue

Autre détournement, les reflets à l’envers. Quand j’ai vu ça pour la première fois il y a deux ans, sur une photo postée sur flickr, j’ai trouvé l’idée géniale : on prend un reflet au sol, souvent dans une flaque d’eau, on fait faire un tour à 180° à la photo, et sans dessous-dessus, l’image est complètement différente. Après, comme toutes les idées géniales, elle est copiée et recopiée à l’infini, on la retrouve partout, et j’y trouve maintenant beaucoup moins d’intérêt. Cependant, parfois, ça a un sens, quand le retournement permet de découvrir un autre univers.

Je crois que mon cerveau « voyait » déjà ce que donnait l’image à l’envers en scrutant le reflet de la ville dans la patinoire .

Retournement
Retournements

Comme mes sujets étaient isolés, je les ai réunis en série pour qu’ils ne s’ennuie pas.

Reflets à deux
Reflets à deux

Mais ça marche aussi à deux !

Je n’ai pas systématiquement retourné les photos. Dans le cas du dyptique suivant, le plus intéressant était cet ultime rayon de soleil en contre-jour, qui donnait une belle texture à la glace.

collage reflet 2

C’était une petite mise en route tranquille pour débuter l’année 2016, afin de parler d’autre chose que de site web, de plugins, de SEO, et de client FTP 😉

A bientôt pour d’autres sujets, car le mois recommence avec de nouveaux thèmes pour le Monthly Challenge du groupe « five fall into adventure ». En attendant, nous avons ouvert une nouvelle rubrique sur le site fallintostreet, que je vous invite à découvrir : « my favorite shot ». Chaque mois, nous choisissons une photo que nous avons aimé partager, et pourquoi. Si ça vous dit…

 

13 réflexions au sujet de « Jouer avec la réalité : reflets, flous, etc. »

  1. Bonjour Esther,

    Très sympa ce nouveau chez toi : je vois que ta migration te réussit à merveille ! ^^

    Pour les photos, je suis béate devant la série des reflets : on en voit des photos de reflets sur la blogosphère/flickr/etc., car il y a un petit effet de mode qui joue, un challenge qu’on a envie de relever, mais chez toi, c’est très abouti. Tu as su t’approprier la luminosité, la netteté et les scènes qu’il fallait. J’adore.

    Je suis également très fan de cette photo de plage, où des globes lumineux se reflètent : elle m’a désorientée pendant quelques secondes et j’ai adoré perdre mes repères.

    Enfin, en ce qui concerne la photo et la réalité… c’est un débat qui revient régulièrement (dans mon entourage, sur le net). Un appareil photo ne couvre pas l’ensemble des possibilités de l’oeil humain. A partir de là, bien malin qui pourra se « targuer » de restituer « la réalité »…

    1. Merci Anne-Marie. Pour le blog, ça vient petit à petit, même s’il y a encore des progrès à faire (mais je ne peux que remercier mes copines blogueuses expérimentées, pour le soutien en background, comme toi !)
      Grand débat, n’est-ce pas, la réalité et la photo. Il y aurait bien plus à dire encore…

  2. Bonjour Esther !
    Je suis à la fois ravie et flattée de la référence que tu donnes à mon article ainsi qu’à mon travail photographique plus général. Un grand merci !

    Quant à la relation de la photographie avec la réalité, c’est un sujet tellement vaste et loin d’être simple ou tranché. Une bonne part tient de la confusion entre le réel et la réalité car la photographie puise dans ces 2 registres, tout comme la peinture le fait dans une certaine mesure. Il y a aussi confusion entre les différents objectifs (intentions) photographiques : témoignage, reportage, « fine-art », … Mais là aussi, on peut mettre en parallèle la peinture.
    Je finis par me demander si en fait tout n’est pas une question de vocabulaire : combien de fois ais-je entendu « je PRENDS » une photo, alors qu’à mon avis, il faudrait toujours dire « je RÉALISE » ou « je CRÉE » une photographie.
    Les photographies que tu présentes ici sont intéressantes dans cette réflexion : toutes représentent parfaitement à la fois le réel et la réalité (que ce soient celles des reflets dans les vitres, des flaques ou les floues), mais il y en a certaines qui correspondent d’avantage à ce que toi, en tant qu’auteur, as voulu transmettre. Tout le noeud de la discussion est là !

    1. Merci d’être passée témoigner, Laurence, et de poursuivre ta réflexion ici, ça me fait très plaisir. L’idée de la création d’une photo me plait bien. C’est tellement plus que l’instant de la prise de vue ! C’est en effet ce que tu veux faire passer, la technique n’étant qu’un moyen presque secondaire pour y arriver.

  3. Tous ces petits soleil ça me parle, ça me fait rêver (moi grande fan de science-fiction), je voyage sur une planète lointaine !

    Les reflets de la glace ont des textures et une luminosité à part, le rendu est très joli !

    Ah oui, le réel, c’est ce que l’on en fait ! 🙂

    1. Ah, oui, j’ai fait plus fort que la planète Tatooine de Star Wars 😉
      Quant à la glace, ça fait un peu expérimentation, mais ça m’a plu d’essayer.

  4. Belle reprise d’activité sur ton site 🙂
    J’adore les photos retournées … C’est vrai que c’est du plus bel effet !
    Les photos de flou patineur sont super aussi …
    Tes deux dernières photos en contre jour sont très réussies tu restitues parfaitement la texture de la glace

    1. Merci Lounamai. Bon, ben j’ai tout bon alors 😉 lors de ces deux petites sorties j’ai pris d’autres photos plus classiques, liées aux thèmes du Monthly challenge, mais j’y reviendrai plus tard…

  5. Bonjour Esther,

    Par curiosité je suis allé lire l’article de Laurence Chellali et je l’ai trouvé vraiment très intéressant. Je la rejoins dans sa réflexion sauf sur la dernière partie: la violence de l’acte photographique, enfin c’est encore un autre débat…
    Les paysages que je capte sont en général ce que je crois voir ou que j’ai envie de voir et j’en suis conscient. Chacun a sa propre vision du monde et de sa beauté : exemple tes 2 premières images de la plage… une belle intention, j’aime beaucoup.
    La série des reflets sont joliment réalisés avec ce bâtiment d’arrière plan pour donner une certaine dimension à l’image. J’aime aussi la texture ;-).

  6. Merci de ton passage, Pascal. L’article de Laurence est en effet passionnant, une belle découverte.
    Chacun a sa vision du monde, c’est pourquoi c’est si stimulant de partager ces différents points de vue.
    Pour les reflets, j’avais l’impression que le bâtiment soutenait les silhouettes.

  7. Salut Esther.

    Un bel article bien rédigé et très intéressant on a tout la réalité et ou le réel (qui n’existent pas vraiment) la captation le making off star wars (les guerres de l’étoile in french), etc .
    J’aime bien les reflets glacés c’est inédit on en voit effectivement beaucoup avec de l’eau mais la glace c’est top, un bel effet en sort.
    Tu as bien aligné les planètes luminaires en déjeunant elle donne un effet surprenant. Quand on prend des reflets notre œil ou plutôt le cerveau a du mal à penser le réel et le reflet en même temps.
    Les flous rendent bien en groupe c’est pétillant et coloré.
    Un très joli blog que le tien auquel je vais m’abonner sans tarder.

Laisser un commentaire