Composer avec le vent

Publié le Publié dans balades hors saison, découverte de la photo
Saisir le vent
Saisir le vent

La tempête sévit depuis quelques jours. Sur la côte, ça a toujours quelque chose de spectaculaire. Je ne suis pas une photographe de paysage, et d’autres le font beaucoup mieux que moi. Je fais donc avec ce que je suis, avec mon petit équipement photographique, et ce que je veux faire passer. Ce ne sera donc pas des images de vagues déferlant sur les phares, comme celle-ci :

Steve Garrington
©Steve Garrington

Dans le genre, c’est quand même excellent. Steve Garrington photographie, entre autre, le petit phare de Porthcawl, au Pays de Galles

Je me contente donc de sortir sur le front de mer, et de photographier ce qui m’intéresse, principalement des gens dans leur environnement, mais aussi tout ce qui m’attire l’œil.

En revisionnant mes photos et en essayant d’écrire cet article, j’ai été interrompue par un mail m’informant de la mise en ligne de la conférence de Laurent Breillat sur la composition au salon de la photo 2015. Comme je l’avais ratée en novembre dernier, j’ai pris le temps de la regarder tranquillement. Et du coup, je me suis mise à examiner ma sélection de photos à partir des notions expliquées dans cette vidéo. Ce que je ne fait plus maintenant, car à force de faire des photos, on ne se pose plus la question de la composition, et ça devient un peu instinctif. Il s’agit de conseils basiques, mais toujours intéressants à (re) découvrir.

Sa définition de la composition est : « la façon dont vous arrangez les éléments de la scène que vous photographiez dans le but de communiquer quelque chose ». La dernière partie de la phrase est essentielle.

En tout cas, ça m’a bien aidé de visionner cette vidéo pour cet article. Parce que parfois, on se lasse de faire des photos. Ça arrive à tout le monde. En essayant de choisir quelques images, je me disais : pffff, je n’ai rien pu faire de bon pendant cette sortie, je suis nulle, je n’ai plus l’œil. En quoi les dernières photos que j’ai prise sont intéressantes ?

Je suis donc repartie faire le tri de quelques images avec cette idée en tête : qu’est-ce que tu veux communiquer, que veux-tu faire passer ?

Et tout de suite, j’ai trouvé plus facile de faire un choix : il me fallait des photos qui suggèrent la force du vent, je voulais vous faire ressentir presque « physiquement » cet élément du temps, qui a priori ne se voit pas en tant que tel sur une image fixe en deux dimensions. Voilà pour mon intention.

Ensuite, je me suis amusée à comprendre à posteriori ( car on n’a pas forcément le temps au moment de la prise de vue) ce qui pouvait fonctionner en terme de composition dans chaque vue… et ce dont je n’étais pas complètement satisfaite aussi. L’auto-critique, ça marche bien pour s’améliorer, mais le regard des autres aussi. N’hésitez pas à commenter !

Lutter contre le vent
Lutter

Dans cette photo, le surfer termine sa séance, et s’apprête à ranger sa voile, encore gonflée par le vent. La barrière anti-vent au premier plan et les vagues en arrière-plan forment un cadre. Les couleurs vives de la voile, ainsi que les deux sujets, l’homme et le chien, plus sombres sur fond clair, attirent l’œil. La courbe de la voile mène le regard d’un sujet à l’autre. Ce qui manque, c’est un peu plus d’espace en haut de la photo, la voile « butte » presque sur le bord. Le surfer est plutôt de dos, j’aurais aimé qu’il soit plus de profil, pour que son regard file vers le chien et la droite de la photo.

 

Courir dans le vent
Courir

Une autre vue de face. Je me rends compte que j’aime beaucoup ce genre de composition, qui donne un rôle d’observateur un peu extérieur.

Les deux sujets sont alignés et encadrés en bas et en haut, ce qui dirige le regard de gauche à droite. Le regard de la fillette se dirige vers l’arrière, ce qui permet à l’œil de ne pas quitter trop vite la scène. Pour la même raison, j’ai ajouté un léger vignettage autour de l’image. Les couleurs n’apportant rien de plus à la photo, je l’ai passée en noir et blanc. La sensation de vent est moins présente, mais les vagues, et les cheveux de la petite peuvent quand même le suggérer.

 

Sentir le vent
Sentir

Après avoir fait quelques photos sur la plage, je remonte l’escalier qui mène à la promenade et je vois ce chien la truffe en alerte. Le sujet est drôle. J’ai mon zoom 40-150, qui permet un flou d’arrière-plan bienvenu, sinon le couple à l’arrière aurait pris trop de place. En même temps, ils me sont bien utiles, car ils forment un fond sombre pour mettre en valeur le nez du chien et son pelage plus clair. Leurs vêtement suggèrent aussi que nous ne sommes pas en plein été. Le passage en noir et blanc, et quelques réglages sur les ombres et la lumière font apparaître de petites particules devant la truffe du chien, du sable ou des embruns, je ne sais pas trop. En tout cas, j’aime bien cet effet, qui « matérialise » le vent, ainsi que le mouvement des jolies oreilles du toutou.

 

Soulevé par le vent
Soulever

Avec le soleil en face, j’ai pris beaucoup de sujets en silhouettes, que je vous ai montré dans l’article précédent. Ici, le mouvement du kite surfer et les vagues suggèrent bien sur le vent, ainsi que les fils tendus en diagonale. Ce que je n’aime pas, c’est l’image coupée en deux par la ligne d’horizon, et la silhouette qui effleurent la vague. C’est, comme le dit Laurent Breillat, « un choix mou » : pas clairement dans l’eau, pas clairement dans les vagues. Il eut fallu que je me poste d’un point plus en hauteur pour avoir plus de vagues. Mais ça, à moins de monter sur les épaules d’un touriste, ce n’était pas possible ! il est plus facile de trouver un point de vue bas, en se baissant, que l’inverse.

 

Capter le vent
Capter

Quelques jours plus tard, la tempête soufflait toujours, et le soleil avait disparu. Ce coin-là de Royan, où les vagues à marée haute se brisent sur les rochers, est un spot connu des photographes. Je n’ai donc pas été surprise d’en trouver plusieurs, en général bien mieux équipés que moi. J’ai profité de leur présence pour ajouter un élément humain, et j’ai aussi vu les lignes en diagonales, qui pouvaient dynamiser l’image. J’ai laissé la couleur pour la touche de rouge apportée par la veste de l’un des personnages : les lignes ne mènent pas directement l’œil vers eux, elles séparent plutôt l’image, avec les humains d’un côté, la vague de l’autre. J’ai attendu bien sur une belle vague (en espérant être assez loin pour ne pas tremper mon appareil 😉 )

Malgré le post-traitement, je trouve la photo un peu « plate »…

 

Guetter la vague
Guetter

Du bleu, du rouge, une ligne en zigzag qui mène d’un personnage à l’autre, une ligne d’embruns entre les deux : pas bien compliqué, presque simpliste. Parfois, pas besoin de chercher trop loin. Mais j’ai trouvé que la tenue de la photographe donnait bien l’impression du vent humide.

 

Résister
Résister

La position des deux ados parle d’elle-même. Même si leur regards se dirigent vers le côté gauche de la photo, je les ai placé sur la ligne gauche de la grille des tiers pour laisser de l’espace derrière eux, en espérant accentuer le sentiment de « résistance » au vent.

 

Ressentir le vent
Ressentir

Perdue dans ses pensées… le rebord de la balustrade, son visage et la direction de son regard forme un triangle, je trouve que ça fonctionne bien. Les immeubles au second plan ne sont pas très beaux, le flou les efface un peu et met en valeur le personnage. Les petites branches au premier plan sont également floues et tant mieux : je ne les avais pas vu sur le moment. J’aurais pu les faire presque disparaître au post-traitement, mais je les ai au contraire laissées, voire accentuées, pour suggérer le vent. Je suis moins contente en revanche du peu de contraste entre son visage et le fond… mais ce n’était pas mieux en couleur.

 

Affronter le vent
Affronter

J’ai eu du mal avec celle-ci, car les couleurs étaient très fades. Pourtant, j’aimais beaucoup la colonie de mouettes qui luttent contre le vent, toutes dans le même sens, et la « matière » de la mer, rendue presque floue par le vent, malgré une vitesse normale de prise de vue, j’étais à 1/640s à f/8. La mer était d’un vert caca d’oie vraiment moche, les mouettes ne se détachaient pas assez du fond. J’ai jonglé avec les curseurs pour obtenir (presque) ce que je voulais : du « mouvement » en diagonale, et le sentiment que la petite troupe résiste vraiment aux éléments, malgré leur petite taille.

Vent

J’espère que vous aurez pu ressentir le vent sans sortir de chez vous, et que je ne vous ai pas trop saoulé avec mes réflexions photographiques. Sinon, vous pouvez aussi juste regarder les photos sans lire mon blabla et vous faire votre propre opinion…

10 réflexions au sujet de « Composer avec le vent »

    1. Thank you Tina. The beach is my Union Square 🙂 I’m not a specialist about surfing (except on the web !) but windsurf seems to mean surfing with a board with a sail, kite surf is on a board but with a « flying sail ». well, not very clear in english !!

  1. Très bien de réviser ses bases de temps en temps mais je crois que tu n’en as pas trop besoin. Les compositions sont optimum avec ce que tu as. Notre point de vue face à la mer est quand même très limitée de 0.50 m à 1.90 en tendant les bras donc difficile de maitriser les éléments sur la mer, on aura toujours à peu près le même point de vue (sauf si tu monte en haut du phare).
    Montrer le vent en fait c’est montrer les éléments déformés par le souffle l’eau, les cheveux, les voiles, les jupes (pas de candidates?) finalement c’est ce que tu as fait et ça fonctionne. Soulever, résister et lutter sont les plus parlantes.
    J’avais aussi du vent sur Paris et j’ai tenté de le saisir

    https://www.flickr.com/photos/116864712@N02/24421703413/in/dateposted-public/

    1. Merci Amor, de me rappeler à notre réalité humaine ! comment, je ne peux pas allonger plus les bras ?! Pour le phare, il faudra que j’essaie. Il est encore trop tôt dans la saison pour que le vent soulève les jupes des filles 😉 et pas sure que ce sois un sujet pour moi, sauf si dans la scène entre le regard d’une tierce personne !
      Sympa ta photo du pont, il a l’air de bien résister, le monsieur au parapluie…

  2. On en a eu pas mal pour la région ici du vent, au moins, ça a du chasser la pollution pour quelques petits jours ! :p Le vent aux bords de mer c’est différent, c’est plus authentique, c’est plus beau, les éléments se déchaînent, avec cette superbe mer agitée !

    Pour « lutter », on sent qu’il y a du vent, mais pas non plus la tempête, on voit le vent dans sa voile effectivement. J’adore celle avec le chien avec la truffe au vent, celle-là est géniale, et on a toute de suite cette sensation qu’il y a lutte avec les éléments ! 🙂

    « Capter » traduit bien également le vent, les vagues qui viennent s’écraser contre la pierre, cela traduit bien tout cela. « Résister » est idéalement dans le « thème », pour « ressentir », on ne sait pas trop s’il y a du vent ou pas, on voit juste qu’il fait froid et qu’il doit pleuvoir.

    Pour « affronter », on sens un peut plus au vue des formes des vagues.

    Une très belle série, bravo ! 😀 De jolies compos et de beaux traitement, comme d’habitude !

    1. ça décoiffait, en effet, on ne sentait pas le renfermé ! je me doutais que tu aimerais bien mon toutou truffe au vent, il a l’air d’y prendre plaisir, non ?!
      Merci pour tes commentaires pour presque chaque photo, c’est bien d’avoir un autre regard : c’est vrai que le vent n’apparaît pas assez dans « ressentir », alors que lorsque j’y étais, ça soufflait pourtant fort. Comme quoi, ce n’est pas si facile de s’extraire du contexte que l’on a vécu soi-même, pour le faire passer sur une photo.

  3. Ca décoiffe par là!!!! Un bel article sur le theme du vent bien mis en valeur par tes images.
    – Celle qui me parle le plus (qui raconte une histoire) est résister et tu la définis bien. Placé à droite les sujets seraient contre un mur et du coup ton titre n’aurait plus de sens.
    – La première saisir le vent c’est la 3° personne à droite qui donne vraiment de l’intérêt à ta capture. Il semble s’éloigner et par la suite être surpris par le retour de cette vague. j’aime beaucoup.
    – affronté me plait beaucoup, ça marche !.
    – Sentir est amusante
    Beau travail c’est très réussi.!

    1. Merci Pascal. « Affronter » avec mes mouettes luttant contre les vagues, ça m’a changé des humains, je l’aime bien.
      Merci pour avoir pris le temps d’en décliner quelques-unes…

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